Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de LeSio

Le blog de LeSio

Bienvenue dans le blog de LeSio, le poète mondialement inconnu... Si vous parvenez à y rester, c'est vous qui deviendrez connus...

Publié le par LeSio

 

Je me souviens lorsque j’étais, tout, petit, avoir été fasciné par ce jouet qui tournait, tournait et tournait encore sans jamais tomber et m’être, en l’observant, posé ma première grande question existentielle « Toupie or not toupie ? ».  La question a fait son chemin, doucement… J’ai réfléchi, griffonné, disserté… et cela fait aujourd’hui trente-deux ans que j’écris des mots que, hormis quelques curieux, personne ne lit, trente-deux ans que mes groupies me réservent un succès flou, trente-deux ans que le temps passe, que mes écrits trépassent… et, aujourd’hui, je peux, légitimement, revendiquer le prix du « poète mondialement inconnu »…

Cela peut paraître étrange mais ce titre,  ayant tout de même une portée mondiale, me procure une réelle fierté.  Alors, pour marquer le coup, pour rendre mémorable cet anniversaire, j’ai décidé de rencontrer mon public, d’entrer en communion avec tous ces gens qui, depuis trente-deux ans, fidèlement, m’ignorent…

Afin de donner, à mon projet, l’ampleur qu’il mérite, je me suis rendu à PARIS, la ville lumière, la ville de tous les défis !  J’y ai arpenté les plus célèbres avenues, pour apprivoiser cette foule sans laquelle je ne serais jamais devenu anonyme… et la remercier…

  • « Bonjour, Monsieur, est-ce que vous me reconnaissez ?  Non ?  Un grand merci !  Voici un autographe…  Et vous, Madame, mon visage vous est-il familier ?  Non ?  Vous êtes géniale !  Surtout, ne changez rien… »

Cela a duré un après-midi entier.  J’ai serré des mains et des mains, signé autographe sur autographe,  à des personnes qui se demandaient qui j’étais et qui ne se jetaient pas sur moi…  Enfin, j’existais !  Je jubilais !  Je jubilais… au début car, au bout d’un certain temps, ma main fatiguait, s’engourdissait… Moi aussi, d’ailleurs…  Je réalisais pour la première fois les désagréments de l’insuccès planétaire !  Jusqu’à ce moment où…

  • « Bonjour Monsieur, est-ce que vous me reconnaissez ? »
  • « Oui, et pas un petit peu que je te reconnais ! »
  • « Vous êtes sûr ?  Enfin, quelqu’un qui me reconnaît !  Ma main va pouvoir se reposer un petit peu… »
  • « T’es le connard qui m’a piqué ma place de parking ! Ma main à moi va pouvoir enfin chauffer! »

Je n’ai dû qu’à l’absence de mon service d’ordre de me faire molester par cette fausse brute dont le seul défaut était, tout compte fait, de m’avoir reconnu…  Je me sentais donc coupable de l’avoir poussé au harcèlement…  Nous avons tous deux fini au poste de police.  L’inspecteur ne m’a pas reconnu.  Pas surprenant vu mon visage notablement revisité.  Je lui ai donc offert un autographe… au bas de la déposition…

Entretemps, j’avais sympathisé avec cet homme dont les poings m’avaient fait redescendre de mon piédestal et oublier mon statut de star du jour.  Nous nous sommes rendus ensemble au stade de France où quatre-vingt mille personnes scandaient le nom de Johnny : « Johnny ! Johnny ! »

Au moment du contrôle des billets, le doute m’a envahi.  Et si c’était MA surprise ?  Et si tous ces fans étaient venus pour MOI, pour me fêter ?    Le moment était historique, la pression insoutenable !  Je suis arrivé devant le steward et…

  • « Bonjour Monsieur, est-ce que vous me reconnaissez ? »
  • « Monsieur, dépêchez-vous !  Il y a des gens qui attendent ! »
  • « Oui mais, dites-moi, est-ce que vous me reconnaissez ? »
  • « Mais enfin, je n’ai pas que ça à faire !  Non, je ne vous reconnais pas ! »

Mon impression se confirmait !  Le steward était complice de quatre-vingt mille invités venus fêter mes trente-deux ans de transparence littéraire.  La consécration !  Allais-je enfin devenir une vedette ? … et devoir renoncer à la pêche à la ligne pour tous ces gens qui, de moi, n’avaient jamais lu aucune ligne ? 

Non, je ne me sentais pas prêt…  Tout allait beaucoup trop vite…  Alors, feignant le piège du « Johnny !, Johnny ! », qui résonnait toujours plus fort, j’ai fait, le plus discrètement possible, demi-tour. 

Ce soir, mes yeux sont bien fatigués…  La toupie vient de tomber… aussitôt relancée par quelques artistes désireux de m’offrir une nouvelle question existentielle : « JARRE, BEJART, MOZART… STAR… et si l’art était un suffixe ? »

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog